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Ci-après un article du journaliste Sud ouest Christian SEGUIN qui a eu l'amabilité de venir partager un bout d'entrecôte avec nous un beau matin d'été au cercle de l'Avenir:

LE BOEUF QUI RIT DEFEND SON BIFTECK

Journal Sud Ouest

Publié le 31/05/2014 à 06h00

C’est un voyage pour redécouvrir les combats et les bonnes raisons de vivre ici. Ils défendent leur identité par l’événement. La peña des amis du rugby joue groupé.

Elle a trouvé son nom dans une palombière garnie. La peña Le Bœuf qui rit ne suggère pas le Grand Nord. Elle est de son pays. À cet endroit du Sud-Gironde, l'identité a des nuances chromatiques sur une quinzaine de kilomètres. C'est comme les microclimats qui profitent d'une haie ou d'un virage pour s'affirmer. Le Langonnais a une aspiration vineuse, élégante et enviable. Le Bazadais met les mains dans le terroir et hume les Landes en cédant à la frénésie associative. Il a ce syndrome landais qui donne aux merles un président et un trésorier.

Bazas respire la bête que toise la cathédrale Saint-Jean-Baptiste, un long vaisseau inscrit au Patrimoine mondial de l'humanité. Ça crée des fiertés, mais pas d'ennemis. Bazas et Langon tiennent du pneu et de la chambre à air. C'est Langon qui a la ligne de chemin de fer. Mieux vaut s'entendre. Souvent le joueur de rugby sert de monnaie d'échange. Il arrive avec un drapeau blanc et les deux côtés lui font une place.

ENTRE NOUS

Vous voulez parler de votre identité, de vos modes de vie, de vos fiertés, de vos envies, de vos entreprises. Envoyez-moi vos propositions, je viens vous rencontrer : c.seguin@sudouest.fr ou Christian Seguin, journal « Sud Ouest », 23, quai des Queyries, 33094 Bordeaux.

Le Bœuf qui rit (1) en rassemble 11, de 30 à 50 ans, élevés en plein air, dont quelques champions de France juniors de 1991 qui ont un peu perdu de leur carrosserie athlétique, tous issus de l'Union Sportive Bazadaise, enracinée au stade Castagnolles. Ils n'ont pas tous porté le maillot ensemble, mais ils ne se sont jamais quittés. Depuis onze ans, ils jouent groupé, en accord sur le fond.

L'identité, c'est d'abord se parler de chez soi. La vie y est belle si on sait la rendre belle. Ils sont là pour en profiter sans introduire la notion de rentabilité ou de concurrence. En semaine, le travail les éloigne de la patrie. L'entrecôte ou le veau sous la mère les y ramène le samedi. Un jour, ils ont entrepris de continuer d'exister en groupe pour apporter une touche très sud à l'ancien évêché. Ils ont investi le Cercle de l'avenir, l'un des deux lieux de sociabilité plus que centenaires de Bazas, l'autre étant celui de l'Union des travailleurs.

Lolo, Pat, Loukas, Zid, Tech, Nanou, Magnum, Toto, Ramaya, Pépette et le capitaine Poupine, qu'ils espèrent voir colonel, ont voulu ramener l'esprit des fêtes sudistes dans un lieu vieillissant, et donc introduire dans le puissant bourg une exigence : inventer, ne jamais s'assoupir, attaquer pour garder les bulles à Bazas. Ils sont conscients qu'il y a eu dans l'histoire une époque où un changement climatique a brutalement précipité la disparition des grands herbivores. Il faut se tenir éveillé pour vivre. Ici, pas de subvention municipale. Ce sont eux qui régalent. Donc, il y a du respect autour.

Au-delà des deux fêtes sacrées - les bœufs gras et la Saint-Jean -, ils soutiennent les associations tournées vers les jeunes, sans distinction. Dès que leurs animations dégagent du bénéfice, ils reversent. En dix ans, ils ont distribué plus de 20 000 euros. Le Cercle ouvre le samedi, de 8 h 30 à 15 heures (ou 18 heures s'il y a un match) sur le principe du tour de garde médical, avec un membre en cuisine et deux au bar. On les voit attablés à 9 heures, avant l'arrivée des visiteurs du marché.

La peña soigne tous les maux. Elle a sa viande, ses pâtés et ses bons vins commercialisés à faible prix, dans l'esprit tapas. Avec eux, une envie nouvelle est née. On sollicite leur savoir-faire. Ils sont contraints de trier. Le Bœuf qui rit fait ce qu'il veut, surtout pas de politique. Pour fêter les 10 ans, ils ont invité Moscato, qui a rameuté 1 000 personnes en dix minutes.

Et c'est comme cela qu'une fête a été imaginée très bientôt autour d'André Boniface, le créateur d'essais de Montfort-en-Chalosse. C'est la pelote de laine du rugby. On tire le fil, et ça donne une mercerie-bonneterie. Le Bœuf qui rit va monter un plateau somptueux baptisé « La Balle au(x) centre(s) », autour du film « Douze et demi » (2), sur le rugby en noir et blanc de cette époque. Près du grand connétable Boni, il y aura un arc-en-ciel de générations, où l'on pourrait voir Jean Trillo, Patrick Nadal, Philippe Sella, Thomas Castaignède et des joueurs d'aujourd'hui.

Comme d'habitude, la recette sera versée à une association, celle de Jean Trillo (3). Le peña tient la table ovale des gourmandises où les amis du rugby viennent de loin pour manger ensemble et parler. L'identité aura une saveur persillée. On voit par là que Le Bœuf qui rit peut se prévaloir de cette noblesse particulière qui fait de Bazas une place forte depuis le premier âge de pierre.

(1) www.boeufquirit.fr (2) Réalisé par Jean-Pascal Fontorbes et Anne-Marie Granié (57 min). (3) asso-sport-emploi. com ou easportemploi@gmail.com