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Depuis 732 ans, en février BAZAS célèbre avec la même ferveur la traditionnelle "Fête des Boeufs Gras" de Carnaval. Cette coutume ancestrale se perpétue et mobilise chaque année plusieurs milliers de visiteurs. De somptueux « Bazadais » couronnés de fleurs et enrubannés, défilent alors dans la ville au son des fifres et des tambours avant d'être « sacrés » sur la place de la cathédrale par un jury d'experts.

La tradition des Boeufs gras puise ses origines à une époque où BAZAS était l'une des premières cités d'Aquitaine et capitale prospère des "petites landes". Nous sommes en 1283, à cette époque Edouard 1er, roi d'Angleterre règne sur l'Aquitaine.

Dans le cadre du partage des pouvoirs avec l'évêque le Duc décrèta que chaque année le 23 juin à l'occasion des fêtes de la Saint-Jean, les bouchers de BAZAS devront offrir au clergé un taureau. En compensation, les bouchers se voyaient octroyer alors le privilège de promener leurs Boeufs dans les rues de la ville pour le Jeudi gras, invitant les populations locales à se réjouir et à festoyer. Depuis cette date la « Fête de Boeufs Gras » se perpétue.

Connue sous l’Ancien Régime dans nombre de villes et bourgs de France, y compris Paris, la fête des boeufs gras n’est pas la survivance d’un rite antique. Ainsi que l’a montré Van Gennep, cette interprétation n’est que pure fantaisie.

En effet : "C’est à la période de force et de puissance, sinon peut-être même de formation, des corporations médiévales tout au plus que remonterait la promenade publicitaire, et non pas magico-religieuse du Boeuf gras. Au début de notre siècle la fête est attestée aux quatre coins de la Gironde. A Coutras, Saint-Médard-en-Jalles par exemple, et bien sûr dans le sud du département dans la plupart des communes du Bazadais, Réolais et Langonnais.
Après la seconde guerre mondiale, la fête n’est que rarement reconduite : seules les communes de Bazas, le quartier de Beaulac à Bernos, Captieux, Grignols, Langon et Villandraut font promener les boeufs au début des années 1960. Actuellement, cette fête connaît un certain renouveau. L’exemple de Bazas est significatif de son évolution dans le temps. Jusqu’au milieu du XIXème siècle, elle est avant tout la fête de la corporation bouchère, mais à cette époque la municipalité y prend part en organisant un concours d’animaux dont le modèle est celui des concours agricoles qui ont lieu dans plusieurs grandes villes de France pour dynamiser l’élevage.
A cette époque, le concours classe les Boeufs selon leur rendement en suif. Après 1945, la fête menace de disparaître, et sans la volonté du maire de l’époque, le Docteur Marcel Martin qui l’a "remise à l’honneur",
elle n’aurait plus lieu aujourd’hui.

Ainsi est fondée la légitimité de la reconduction annuelle de cette fête car, ultime argument, le non respect de cette manifestation entraînerait les représailles divines "pour sûr, si elle disparaissait, la cathédrale s’effondrerait" (SudOuest, 21e B : 27/2/87).

Dans le cas de la Race Bazadaise, cet enjeu est certain puisqu’au début du siècle c’était une race destinée au labour qu’il a fallu transformer en race à viande ; ce qui a été fait conjointement par les bouchers et les éleveurs. Sans cette transformation "la bazadaise faisait partie des petites races menacées de disparition".

La fête permet ainsi la promotion d’un élevage destiné à garnir l’étal des bouchers, lesquels ne s’en cachent pas mais préfèrent mettre en avant leur attachement à la coutume. Le profit qu’ils en retirent semble autant sinon plus d’ordre symbolique qu’économique, car les chalands ne manquent pas d’aller chez les bouchers afin d’acheter une pièce de boeuf gras et peut-être une parcelle de "tradition".

Le fifre dans la fête

Aussi, tous les Jeudis gras, c’est-à-dire le jeudi précédent le Mardi gras, la ville de Bazas est pleine d’une foule qui défile au son des fifres et des tambours menant le cortège des animaux. Chaque boucher présente une paire de Boeufs, de Race Bazadaise exclusivement, qui ne seront plus jugés sur leur poids en suif mais selon deux critères : la qualité bouchère et la conformité à la race bazadaise. Avec l’évolution des habitudes alimentaires qui préfèrent aujourd’hui la viande maigre, les Boeufs Gras portent désormais le nom de Boeufs de Carnaval. Au début de ce siècle, chaque boucher recrutait une ripataoulère, mais aujourd’hui une seule anime la fête. Le rôle des musiciens est de jouer tout le long du parcours dans les rues de la ville, en tête du cortège.

Ils pénètrent aussi dans chaque boucherie pour exécuter un "rigaudon d’honneur" ou "aubade", afin de rendre hommage au boucher. Arrivée sur la place de la cathédrale, la foule assiste alors au concours, clôturé par un rigaudon d’honneur devant la mairie. Le cortège se reforme pour conduire les boeufs à l’abattoir. Là, ils tombent un à un sous le coup du merlin électrique (autrefois manuel) tandis que les musiciens exécutent à nouveau un rigaudon d’honneur, nommé alors La Mort du Boeuf.

Le dernier animal tué, la foule se disperse. La fête continue mais ne concerne plus que les bouchers, les éleveurs et leur commis qui prennent ensemble un repas animé par les musiciens. Jusqu’au début du siècle, la fête se terminait par un berlin, nom local pour désigner le bal mené au fifre et au tambour. Aujourd’hui, ces instruments ne pouvant pas jouer les répertoires des danses actuelles, les berlins n’ont plus lieu mais les fifres et les tambours sonnent tard le soir pour le plaisir des bouchers et éleveurs.